Une tribune du journal Le Monde met les pieds dans le plat en donnant la parole à Sabine Brels, doctorante en droit à l'Université de Laval (Québec) mais provençale de naissance (et de coeur). Le parti-pris est bien entendu au rendez-vous, et plaide pour l'interdiction de la corrida au titre de sa cruauté envers les animaux. Notre experte précise que pour le moment, cette "tradition" subsiste grâce à l''alinéa 7 de l'article 521-1 du Code pénal, qui autorise les corridas et les combats de coqs dans certaines régions. Au total, 11 départements du sud de la France sont concernés, et avec la reprise des corridas pour cette saison, les manifestations et oppositions se font de plus en plus marquées.
La corrida est un réel sujet de discorde, encore populaire dans les départements la pratiquant mais globalement décriée par 2/3 de la population française (selon de récents sondages IFOP). Représentée par une petite minorité qui a su se montrer particulièrement influente, la corrida française est parvenue à être inscrite par le Ministère de la Culture à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel français, sous l'ancien gouvernement. Une contradiction lorsque l'on sait que la corrida française, considérée comme "menacée" par l'UMP, n'est qu'une pratique copiée sur l'Espagne voilà à peu près un demi-siècle. Nous sommes très loin de la tradition séculaire mais plutôt dans la bienveillance paradoxale de l'Etat, qui n'hésite pas à créer une exception au Code pénal uniquement pour satisfaire les amateurs de cette pratique.
On pourrait même pousser le bouchon plus loin, et noter que la corrida est un paradoxe en elle-même. Les taureaux, issus d'une filière d'élevage soucieuse du bien-être animal, sont livrés dans l'arène à des rituels cruels et offensants au vu des protections contre la souffrance animale en vigueur dans notre pays. Mais encore une fois l'exception fait règle (avec les combats de coqs, allez savoir pourquoi). La notion de "tradition" héritée du cousin espagnol est également contestable, à l'heure où la Catalogne a déjà décidé d'abolir la corrida depuis juillet 2010. Une prise de position symbolique en Espagne, seul pays où la corrida aurait réellement droit à ses lettres de noblesse.
Car le problème de la corrida n'est pas forcément dans sa culture, mais plutôt dans sa finalité. Là où l'homme s'est fait l'éleveur amoureux de belles bêtes, a su bichonner des taureaux de race associés à un patrimoine naturel et culturel forts, voilà que le matador blesse, mutile, frappe à mort cet animal emblématique jusqu'alors l'objet de toutes les attentions. Quel paradoxe, oui, que de l'homme capable de préserver son patrimoine mais également de le massacrer le plus sauvagement. La corrida est une contradiction troublante, à l'heure de la conservation du patrimoine, et son message n'est plus le bon. Son interdiction n'est pas la solution, il ne s'agit pas de cela. Ce sont ses règles dans l'arène qui sont mauvaises. Je n'irai pas jusqu'à dire que les arènes doivent troquer le matador pour les vachettes d'Interville, je ne cherche pas à ridiculiser les aficionados, mais plutôt à chercher des inspirations dans les jeux crétois ou dans les jeux plus modernes de cow-boys américains. Il est tout à fait possible de proposer un spectacle fort, époustouflant et noble, de renouveler une finalité clairement dépassée pour faire des arènes un lieu non plus de sang mais d'hommage, de confrontation pacifiée et sportive entre l'homme et le taureau.
Mon idée n'est pas de censurer la corrida, mais de la faire évoluer, et de marquer le point : là où la France ne fait que copier ce que l'Espagne rejette de plus en plus, sachons évoluer, et recréer totalement l'esprit de la corrida. Sachons progresser. Mon message sera-t-il entendu ? Je ne crois pas, non. Mais il serait dommage qu'une filière patrimoniale d'élevage disparaisse à cause de la corrida "traditionnelle". Par manque d'évolution. Pour passer les époques, il faut aussi savoir faire évoluer ses coutumes, et c'est peut-être ce point précis qui risque d'enterrer les aficionados.

Je ne sais pas comment cela doit évoluer. Mais défendre la corrida au nom de la tradition m'a toujours sembler abject.
RépondreSupprimerC'est pas logique comme argument en effet.
SupprimerPrécisons une chose : les taureaux sélectionnés pour les corridas ne sont nullement "bichonnés" ni l'objet de "toutes les attentions". Bien au contraire, ils vivent leur vie en totale liberté, et surtout hors du contact des hommes. sinon, ils deviendraient des animaux domestiques et perdraient toute agressivité dans l'arène.
RépondreSupprimerEn bref, ces bêtes ont une très belle existence, contrairement aux vaches et bœufs qui termineront dans votre assiette. Et une mort qui, pour être plus spectaculaire, n'est certainement pas plus pénible que l'abattoir.
Et pourquoi toujours vouloir interdire, ou vider de son sens profond, les choses qui vous déplaisent ?
Le taulier étant parti à la pause cigarette, je vais répondre (mais avec ce que je pense, pas ce qu'il pense).
SupprimerDidier, le taulier en question ne parle pas d'interdire (il n'utilise ce mot que pour faire joli dans le titre). Je pense, par contre, qu'il est ridicule de défendre la corrida au nom de la tradition, sinon on pourrait défendre l'excision au nom de la tradition. Mais je ne suis pas réac, moi...
En outre, je trouve ça profondément crétin de défendre un loisir qui a pour but de donner la mort, spectaculaire certes, mais la mort quand même, à un animal. C'est un peu comme si on défendait la lapidation des pouffiasses.
Mais je défends la lapidation des pouffiasses, moi !
SupprimerMoi je voudrais bien mais je suis un blogueur bien pendant.
SupprimerUn blogueur bien pendant ? N'avouez jamais, malheureux !
SupprimerEn effet je suis contre l'interdiction mais pour la mutation de la tauromachie. Etant donné que la "tradition" ne tient pas vraiment, créons-en une nouvelle, qui fera pâlir de jalousie les autres nations et clouera le bec aux contradicteurs.
SupprimerCe qui me place dans le no man's land entre les pro- et les anti- qui ne manqueront pas de m'étriper tous les deux.
(On pourrait parler de l'abattage aussi mais si on commence à dériver on ne s'en tire plus du tout avec ce genre de débats).
@ Didier : un taureau élevé de manière pastorale, dans la nature, hors des affreuses filières intensives, c'est un taureau bichonné sans l'ombre d'un doute ;) Mais un bon éleveur ne lâche jamais ses bêtes dans la nature, il garde toujours un oeil dessus, discret mais tout de même présent.
Je suis pour la corrida mais sans la cape.
RépondreSupprimerBonjour,
RépondreSupprimerJe travaille pour le site de débat Newsring.fr lancé par Frédéric Taddeï. Je me permets de vous contacter car nous venons de lancer un débat sur la corrida et nous aurions grand plaisir à ce que vous veniez participer afin de partager vos arguments et faire avancer le débat, votre article est très intéressant.
Qu'on la considère comme une manifestation culturelle traditionnelle ou comme un bain de sang intolérable, la question qui cristallise les opinions est celle de l'interdiction. Doit-on mettre fin à la corrida ?
http://www.newsring.fr/societe/1192-faut-il-interdire-la-corrida
PS : N'hésitez pas à inviter vos amis et à partager